10 avril 1997 – Bourges remporte la première Euroligue féminine du basket français

Avant le milieu des années 1990, la ville de Bourges était principalement connue pour son Printemps, un festival de musique qui a vu passer les plus grands interprètes : Paolo Conte, Manu Dibango, Cesaria Evora ou encore plein d’autres, le tout sans la moindre invitation en mode « faute de goût » qui aurait permis malicieusement à votre serviteur de terminer par un petit sarcasme. Mais bon, en même temps, on n’est pas là pour parler musique, on va surtout causer Tango (1).

A Bourges, au milieu des années 1990, le grand public assista à l’éclosion d’une formidable machine à enchaîner les victoires et qui transforma le Palais des Sports du Prado en « Place to Be » du basket français et européen. Sous l’impulsion du coach russe Vadim Kapranov, le Cercle Jean-Macé (2) remporte ainsi dès sa première participation en 1995 la Coupe Liliana-Ronchetti alias la Coupe d’Europe des non-Championnes. Déjà une première pour le sport féminin français.

L’année suivante (1996) à Sofia (Bulgarie), les Berruyères goûtent pour la première fois au Final Four de la Coupe d’Europe des Clubs Champions mais échouent à la quatrième place après deux défaites face à Côme (Italie) et Ruzomberok (Slovaquie).

Mais Bourges allait rester ambitieux. L’équipe constituée des meilleures joueuses françaises (Fijalkowski, Melain, Santaniello, Souvré) et renforcée par des joueuses étrangères de talent (Kotocova, Nemcova) réalise alors une campagne européenne pleine de promesses, terminant en tête de sa poule (11v-3d) et balayant Galatasaray (2-0) en quarts de finale avec en prime une fessée de 50 points au match aller (83-33).

Ce fut pourtant avec le coeur lourd que le CJM est arrivé dans la ville grecque de Larissa, en Thessalie (3), hôte du Final Four de l’Euroligue féminine. Vadim Kapranov avait renoncé au déplacement, le coeur en mille morceaux, brisé par le décès accidentel de sa fille.

Coachées par l’entraîneur-adjoint Olivier Hirsch, les joueuses du Cher allaient pour se débarasser de Côme (68-58) en demi-finale, notamment grâce au gros match de sa capitaine emblématique Yannick Souvré.

En finale, ce 10 avril 1997, les Tangos devaient affronter la redoutable équipe allemande du BTV 1846 Wuppertal, malheureusement appelée GoldZack pour des sombres histoires de sponsoring. Si ce nom vous fait passer à un robot géant bien connu des enfants téléphages des années 1970 à 1990, vous vous mettez le ballon de basket entier dans l’oeil (4). GoldZack est une marque d’accessoires de couture et de mercerie. D’un coup, les « Mercières de Wuppertal », cela fait déjà moins peur.

Pourtant, il fallait craindre cette équipe, tenante du titre, et qui avait réussi l’exploit d’éliminer en quarts de finale (2-0) l’armada espagnole du Pool Getafe, qui avait pourtant fait un 1er tour troposphérique (1 seule défaite en quatorze matches).

Bourges mit la main sur le trophée en 1re mi-temps, en s’octroyant une avance de 13 points à la pause avant de s’imposer au final (52-71). C’est en défense que les Berrichonnes ont gagné le match avec un grand nombre de rebonds défensifs (30 unités) et la capacité à faire déjouer les shooteuses adverses (seulement 30% de réussite). Les Tangos pouvaient aussi dire merci à sa Isabelle Fijakolwski, sa solide intérieure qui s’est offert ce jour-là le luxe d’un double-double (5) avec 24 points et 12 rebonds.

Un an plus tard, à domicile, Bourges répétera son exploit et deviendra le premier club français, tous sports collectifs confondus (vous dira Yannick Souvré) et tous sexes confondus (vous dira Rocco Siffredi) à conserver une coupe d’Europe de premier rang. (6)

Mais peut-être le plus grand exploit de Bourges, c’est d’avoir réussi à durer, à l’époque où les sports collectifs français avaient pris la mauvaise habitudes d’associer succès sportifs et faillites économiques. En à peine  22 ans de compétition européenne, Bourges a gagné l’Euroligue à 3 reprises (1997, 1998, 2001), l’Eurocoupe à 2 reprises (1995, 2016) et terminé dans le top 8 d’une compétition européenne à 20 reprises.

Au vu de ces chiffres-là, il n’y a qu’une seule attitude à avoir : on se joint à la standing-ovation pour cette symphonie d’excellents résultats.

Pour en savoir plus :

PS : En passant, si quelqu’un possède un résumé vidéo, voire – soyons fous – un enregistrement complet de cette rencontre, qu’il n’hésite pas à me contacter. 🙂

(1) Les Tangos, c’est le surnom plus au moins officiel des joueuses de Bourges qui ont pourtant l’habitude de faire valser leurs adversaires.

(2) C’est le nom officiel de l’équipe de Bourges à cette époque là, avec l’acronyme CJM.

(3) Je précise la région, afin de ne pas confondre avec Larissa-sur-Bar dans l’Orne, petit village qui inspira le chef étoilé d’origine malgache Jean-Gustave Pavuhalatélé sa célèbre recette du « Fouzytou-et-couvre-moi-ça-de-Harissa » qui fit la fortune des fabricants de médicaments contre les maux d’estomacs.

(4) Et nous vous souhaitons, par conséquent, un prompt rétablissement.

(5) Un double-double, ce n’est pas une quadruple dose d’alcool avalée cul sec dans un bar miteux de Larissa. C’est juste quand vous avez deux nombres à deux chiffres dans votre ligne de statistiques.

(6) Si quelqu’un connaît un joli nom qui pourrait communément qualifier les compétitions européennes de clubs de premier rang (Euroligue, Ligue des Champions, etc.), qu’il m’écrive. Il ou elle a gagné toute mon estime.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *