29 juillet 2007 – Les Dragons Catalans se qualifient pour la finale de la Coupe d’Angleterre de rugby à 13

Si vous n’êtes pas un aficionado du rugby à 13, peut-être aurez-vous été troublé par le titre de cet article. Si vous êtes surpris qu’une équipe catalane dispute la Coupe d’Angleterre, ne remettez pas en cause en vos connaissances en géographie et ne jetez pas de l’eau propre (1) sur vos différents instituteurs ou professeurs de sciences humaines. Non, le Royaume-Uni n’a pas annexé tout ou partie de l’Espagne ou la France ! Cette situation est parfaitement normale, laissez-moi donc vous l’expliquer.

Au rugby à 13, eu Europe, il y a l’Angleterre et les autres. Les Anglais sont les seuls à organiser un championnat domestique professionnel, alias la Super League. Dans le reste du Vieux Continent, on est amateur plus par manque d’argent que par conviction. Seule la France tente de maintenir son championnat semi-professionnel à flot, contre vents à marées, malgré des affluences modestes et son lot de clubs d’élite appartenant à des petites villes souvent ignorées du grand public et situées principalement dans le sud-ouest. Sans locomotive pour le tirer vers les haut, sans compétition européenne en perspective, le championnat français ressemble depuis de nombreuses années à un simple championnat inter-régional.

Après un échec avec l’intégration d’un PSG Rugby League construit ex nihilo en 1996, les Anglais ont de nouveau proposé à un club français d’intégrer la Super League et ont finalement retenu la candidature des Dragons Catalans (Perpignan) au détriment du Toulouse Olympique et des Léopards de Villeneuve-sur-Lot. Depuis le 11 février 2006 et un match légendaire remporté face à la mythique équipe de Wigan (38-30), les Dragons Catalans disputent donc les compétitions anglaises : la Super League et la Coupe d’Angleterre (plus connue sous le nom de Challenge Cup le long de la M62), tandis que leur équipe réserve dispute le Championnat de France.

Pour toute personne un peu au courant des relations parfois tendues entre la France et la Perfide Albion depuis la nuit de temps, la vie quotidienne des Dragons Catalans peut avoir des airs de sacerdoce sado-masochiste. Chaque semaine, les Catalans disputent un match face à une équipe anglaise, se déplacent une fois sur deux en terre anglaise, sont arbitrés par un officiel anglais, et font face à des incompréhensions qui ne se limitent pas à la barrière de la langue. Les supporteurs des Dragons ont parfois l’impression d’être gavés de jelly saveur couleuvre. Pire encore, lors des troisièmes mi-temps, les Dragons Catalans sont forcés de goûter à la cuisine ET à la bière anglaise. Quand y aura-t-il enfin des lois contre ça ?

Cette demi-finale n’était cependant pas une première pour un club français. Deux ans plus tôt, le Toulouse Olympique – invité en Challenge Cup au titre de ses performances nationales – avait atteint le cap des demi-finales après une victoire retentissante en 1/4 finales face à Widnes (40-24), alors pensionnaire de Super League.

Quand les Dragons Catalans se présentent sur la pelouse du Halliwell-Jones Stadium de Warrington (2), c’est peu dire qu’ils ne se présentent pas dans la peau du favori. Si leur deuxième saison de Super League est meilleure que la précédente, ils savent déjà que les play-offs se joueront sans eux. Leur parcours en Coupe d’Angleterre fut d’abord tranquille lors des premiers tours face à des équipes de division inférieure. En quarts de finale, les Sang et Or s’imposèrent avec autorité (23-26) sur le terrain d’un Hull FC pourtant dans une grande année (4e de Super League). Mais face à Wigan et son palmarès long comme le bras de Mr Fantastic, la marche pouvait sembler trop haute. D’autant qu’un mois plus tôt, les hommes de Mick Potter s’étaient fait fessés au martinet par des Wiganers parfaitement intraitables (30-0).

Pourtant, tout sourit aux Dragons Catalans lors des vingt premières minutes de la rencontre. Casey McGuire conclut d’abord sur un beau mouvement orchestré par lui-même, Mogg et Khattabi (4e, 6-0). Après un essai refusé justement à John Wilson sur arbitrage vidéo, les Warriors perdirent la balle sur le redémarrage aux 20m. Les Dragons n’allaient pas laisser passer l’occasion et John Wilson encore lui inscrivit un essai en bout de ligne, joliment bonifié par Stacey Jones en coin (8e, 12-0). Quelques minutes plus tard, Wigan fut KO debout : un rebond défavorable à Pat Richards, sur une passe au pied pourtant très lisible de McGuire, offrit un essai tout fait à un Adam Mogg très actif depuis le coup d’envoi (12e, 18-0). Vincent Duport ajouta lui aussi son petit essai (18e, 22-0) et les Dracs se retrouvèrent à la tête d’un avance considérable, que Wigan parvint à peine à grignoter avant la pause (24-6).

Sous la houlette de leur duo de choc McGuire-Jones, les Dragons Catalans gérèrent leur avance (31-12) jusqu’à un tournant du match. Pour une faute « professionnelle », le « Petit Général » Stacey Jones fut exclu pour une durée de dix minutes. Les « Cherry et White » en profitèrent pour revenir à sept petits points (31-24) après des réalisations bonifiées de Goulding et de Calderwood, ce dernier s’étant permis de remonter tout le terrain pour un essai en solitaire. Revenu aux affaires, Jones fit l’étalage une nouvelle fois étalage de son immense talent en offrant d’une passe au pied au vétéran Jason Croker l’essai qui ôta tout espoir à Wigan. (73e, 37-24 score final)

L’exploit réussi ce jour-là permit aux Dragons Catalans de rentrer définitivement dans la grande histoire du rugby à 13 des deux côtés de la Manche. En outre, ils obtinrent un titre envié par bien des footballeurs : celui de devenir la première équipe française à disputer un match sur le terrain du nouveau Wembley, inauguré au mois de mars précédent. Et pan dans les gencives des manchots (3) !

Un mois plus tard, Stacey Jones et les siens seront malheureusement battus nettement en finale (30-8) par Saint-Helens. Mais cette défaite  – trop nette pour laisser place à la moindre amertume – sera vite oubliée. Car les Mounis, Guisset, Khattabi et autres Duport peuvent s’enorgueillir d’un succès bien plus important. Car, depuis ce jour, le mot « possible » a réintégré définitivement le vocabulaire officiel du rugby à 13 tricolore.

PS : Je remercie chaleureusement Didier pour m’avoir permis de revoir cette rencontre mythique.

(1) Si quelqu’un comprend ce jeu de mot tetra-capillo-coupé, qu’il ou elle m’écrive : elle ou il a gagné toute mon estime.

(2) Warrington est bien évidemment un terrain parfaitement neutre puisque situé à mi-distance entre Wigan (20 km) et Perpignan (1637 km). Please, don’t chipote, dear gentlemen !

(3) N’y voyez pas une remarque handicapobhobe, c’est juste le surnom amical donné par les rugbymen aux footeux.

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