Le coefficient UEFA, la nouvelle mine d’or en plomb de l’info sportive

Sur un plan statistique, le coefficient UEFA est, depuis plus de 40 ans, le mètre-étalon de la performance footballistique dans les compétitions européennes des clubs. La confédération européenne de football s’en sert pour comparer les performance des clubs de chaque pays et déterminer ainsi le nombre de places attribuées en Ligue des Champions et en Ligue Europa. Rarement évoqué dans la presse par le passé, il est aujourd’hui au centre des attentions, mais de manière rarement pertinente. Laissez-moi vous expliquer pourquoi.

L’enjeu est donc de taille pour les clubs qui participent aux compétitions européennes : chaque match gagné, chaque tour passé fait grimper leur pays dans le classement et lui offre des tickets d’entrées supplémentaires au grand bal des coupes d’Europe de football. Le club qui va loin augmente de facto ses chances de se qualifier de nouveau, sous réserves d’enregistrer les performances suffisantes dans les compétitions nationales. Au milieu des années 1990, les journalistes attendaient sagement les communiqués de l’UEFA pour publier des informations à ce sujet. Les moyens informatiques de l’époque ne garantissaient pas un résultat 100% sûr si on essayait de la calculer soit-même pour la grosse trentaine de pays concernés.  Aujourd’hui, ce n’est plus le cas et certains sites – animés par des bénévoles – s’amusent même à le calculer en temps réel. (1)

Désormais, nous tombons dans l’excès inverse. A trop vouloir nous faire vivre le monde en temps réel, certains sites d’informations sportives traitent le coefficient UEFA après chaque semaine de compétition, voire même entre deux soirées ! C’est comme si on nous donnait toutes les heures le pointage d’une course au large longue d’une centaine de jours. Un pointage tous les jours est serait déjà amplement suffisant.

Mais voilà, un article sur le coefficient UEFA, ça ne coûte quasiment rien à écrire – surtout si on se contente d’une analyse en surface très court-termiste. Pour les sites financés par la publicité, c’est tout bénéfice puisque c’est du contenu supplémentaire peu coûteux à écrire – certes de médiocre qualité – qui tiendra le lecteur un peu plus longtemps sur le site et augmentera de facto les revenus publicitaires. Tout ça pour quelques secondes de temps de cerveau disponible en plus, en quelque sorte…

Cette course à la quantité d’informations est préjudiciable au lecteur : le contenu est gratuit – même le consommateur le paye finalement indirectement (bande passante pour les publicités, temps de chargement de la page) – mais n’apporte rien d’intéressant. On pourrait même appeler cela du temps de vie définitivement perdu.

Peut-être est-il temps de reconsidérer notre point de vue sur cette gratuité qui nous coûte notre temps et notre vie privée. Je rêve d’un site web d’informations sportives avec peu d’articles, mais de qualité, qui ne cherche pas à faire le buzz, à suivre les tendances du moment ou à relayer des polémiques stériles. Forcément, il sera payant, mais ce sera mieux pour notre qualité de vie.  Pour qu’enfin on ne sollicite notre attention uniquement lorsqu’il se passe quelque chose susceptible de nous intéresser.

(1) Je devine au fond de tes yeux, chère lectrice, cher lecteur, un regard mi-admiratif et mi-dépité dirigé vers ces gens pourtant sains d’esprit qui occupent ainsi curieusement leur temps libre. Garde à l’esprit que personne n’est à l’abri d’une passion soudaine pour des choses qui peuvent paraître désuètes. A chaque instant, tu peux devenir collectionneur de boites de camembert, amoureux des routes départementales, addict au scrapbooking ou même militant politique.

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