Le korfball

Le nom de Nico Broekhuysen ne vous dit probablement rien. Pourtant, cet enseignant amstellodamois (1) fait partie du même cercle très fermé auquel appartiennent Jigoro Kano ou James Naismith : ceux des créateurs d’un sport qui se pratique aujourd’hui sur le cinq continents.

A vrai dire, Broekhuysen est à peine plus connu que de Dr Hermann Brandt, son délicat homologue, créateur du tchoukball, avec le lourd handicap de porter un patronyme imprononçable pour qui ne pratique pas la langue de Wouter Otto Levenbach (2).

Portrait de Nico Broekhuysen - Domaine public
Punk néerlandais à la recherche d’une idée pour choquer à nouveau ses contemporains

Extrêmement en avance sur son temps, le natif de Dordrecht a en effet créé un sport collectif mixte au début du 20e siècle. Rappelons qu’à l’époque, l’idée toute simple que les femmes puissent pratiquer une discipline sportive était accueillie avec scepticisme par bon nombre. Pour ceux-là, les concepts de mixité et parité devaient relever du cauchemar et/ou de la science-fiction.

Je n’ose imaginer le tollé qu’ont dû provoquer les premières parties de korfball à Amsterdam sur un terrain vacant de la Jan Luykenstraat. Il paraîtrait que des membres du clergé ont de rage désacralisé eux-même leurs églises à la vue monstrueuse de ces équipes composées de quatre hommes et quatre femmes, genoux et chevilles nues, se disputant le droit de mettre un vieux ballon de foot dans un panier en osier. (3)

Au niveau règles, le korfball est assez simple. Prenez un terrain de handball, virez les buts et placez à 2/3 de la ligne médiane un poteau surmonté d’un panier percé dans chacun des deux camps. Deux équipes composées chacune de quatre hommes et quatre femmes doivent inscrire le plus de paniers possibles.

En fait les équipes sont divisées en 1/2 équipes (2 hommes et 2 femmes). Une 1/2 équipe joue soit en attaque, soit en défense. Et tous les deux paniers, elles changent de camp.

Parmi les interdits du korfball :

  • Défendre sur un joueur du sexe opposé
  • Dribbler
  • Se déplacer avec la balle
  • Dire que ce sport n’est qu’un dérivé du basket-ball

Les trois premières sont sanctionnés d’un rendu de balle à l’adversaire, tandis que la quatrième vaut probablement une radiation à vie de toutes les compétitions.

L’un des handicaps du korfball reste son l’image d’un sport qui serait sorti tout droit d’une cour d’école. On se passe un vieux ballon Telstar des années 1970s qu’on essaye de mettre dans un panier en osier placé sur un terrain de handball, le tout avec une circulation de balle qui ressemble à celle d’une « passe à dix ». Comble de désuétude, un point de réglement oblige les joueuses à porter une jupe plissée, façon uniforme scolaire. On ne sait toujours pas si une association d’anciennes joueuses de korfball s’est montée pour exiger de lourdes mais justes réparations financières pour cet immense préjudice d’image.

Pour vous donner une idée de ce que ça donne, voici quelques extrait de la finale de la Coupe du Monde 1991, qui est en plus un moment historique dans l’histoire de ce sport.

Le 6 avril 1991, à Anvers, la Belgique bat les Pays-Bas en finale (11-10) et remporte son premier titre mondial. A ce jour, c’est toujours la seule couronne mondiale qu’ont laissé échapper les Néerlandais. A l’heure où j’écris ces lignes, il faudra attendre l’année 2051 au minimum pour voir un autre pays détenir seul le record du nombre de titres mondiaux. Encore un record que je ne verrai pas battre… (soupir)

A chaque fois que les Néerlandais sont sur le terrain, ça fait des étincelles et on assiste à un feu d’artifices de paniers. A moins d’être belge, l’adversaire est promis à une jolie fessée. Ce feu Oranje freine le développement du korfball, qui est pourtant une discipline plein d’atouts (une fois débarrassée de cette foutue jupette) alors que la mixité est la direction que prennent bon nombre de sports.

En effet, la zone de chalandise du korfball se limite aux Pays-Bas, ainsi qu’à une portion de la Belgique située entre Gand, Anvers et Louvain. Dans les autres pays, la pratique de sport reste confidentielle malgré son intégration en 1985 au programme des Jeux Mondiaux (alias l’antichambre des Jeux Olympiques).

Depuis plusieurs années, la fédération internationale de korfball fait des efforts pour améliorer son image. Le résultat n’a plus rien à voir avec la précédente vidéo du mondial 1991. Voici par exemple la finale du Championnat d’Europe 2016.

Un sport collectif mixte sans contacts physiques, sans violence et qui nécessite vivacité et dextérité, mériterait pourtant d’être connu par bien plus de monde qu’aujourd’hui.

En France, malgré le travail d’évangélisation du belge George Stoller, seule une poignée de clubs pratiquent le korfball et une grande partie sont situés dans le département de la Loire. Néanmoins, la création récente (2014) de la fédération française de korfball pourrait permettre à ce jeu de se développer encore plus.

Bref, le korfball, on n’a pas fini de commencer à en entendre parler.

Pour en savoir plus :

(1) Si si, c’est comme cela qu’on appelle les habitants d’Amsterdam. Le terme « Amsterdamois » est donc incorrect, sauf si on tente de désigner en par là un rongeur bien connu des enfants qui résiderait à Copenhague, Aarhus ou encore Odense.

(2) C’est le nom à l’état-civil du chanteur Dave qui ne pratique pas – à notre connaissance – le korball et dont on se demande encore pourquoi on en parle sur un blog qui traite de sport en général.

(3) Certes, rien ne prouve que – ce jour-là – le panier était effectivement en osier. Mais je vous mets au défi de me prouver le contraire.

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