Le rugby à 13, un sport trop bien méconnu

Aujourd’hui, tel le buteur qui doit – face aux poteaux – inscrire la pénalité de la gagne, j’ai une pression d’enfer (comme me disait récemment un ami barman). Si beaucoup de disciplines sportives trouvent grâce à mes yeux, certaines tiennent une place importante dans mon cœur. Le rugby à 13 est l’un de ceux-là. Et parler de ce qu’on aime, c’est toujours un exercice délicat.

Le rugby à 13 est le fruit d’un schisme laïc sur fond de lutte des classes. A la fin du 19e siècle, les principes d’un amateurisme absolu régissait le rugby anglais. Un joueur devait financer sa pratique à 100% (adhésion, licence, équipement, voyages, tournées générales, pots-de-vin au corps arbitral…). Il était également hors de question de toucher la moindre compensation pour des journées de travail auxquelles il eût fallu renoncer pour aller se rouler dans la boue avec ses petits camarades. Bien sûr, n’y voyez qu’un principe chevaleresque, désintéressé et quasi-romantique, et surtout pas un moyen d’exclure la plèbe du sport d’élite, qui permettrait aux classes aisées de transpirer grassement entre gens du même milieu. Ceci dit, il est vrai qu’à cette époque, ce qui était possible pour un étudiant fraîchement diplômé d’Oxford ou de Cambridge l’était moins pour un ouvrier du textile à Wigan ou à Bradford.

En 1895, dans le désormais mythique George Hotel d’Huddersfield, 22 clubs du Nord de l’Angleterre décidèrent de faire sécession en fondant la Northern Rugby Football Union. Le rugby du Nord décida ainsi de désormais offrir à des joueurs de conditions modestes la possibilité de pratique leur sport à haut niveau, voire d’en vivre. Obligé de devenir spectaculaire pour attirer les foules et financer ses équipes, la nouvelle structure va faire évoluer les règles du rugby jusqu’à réduire le nombre de joueurs à 13 en 1906.

Le rugby à 13 se distingue de son cousin quinziste par des règles sensiblement différentes. Il y a le nombre de points : 4 pour un essai, 2 pour une transformation ou une pénalité et 1 pour un drop-goal, mais surtout la règle du tenu, exigé même pour les matches en soirée. Un tenu, c’est quand le porteur du ballon se fait plaquer par un joueur adverse. Les deux joueurs se relèvent tandis que l’équipe défensive (à l’exception du plaqueur et d’une autre joueur) se place à 10m du lieu du placage. Le plaqué talonne la balle à l’un de ses partenaires et le jeu peut reprendre. La compteur de tenus de l’équipe en possession de la balle est incrémenté. Arrivés au 6e tenu, le ballon est rendu à l’adversaire. A treize, la prime est donnée aux essais, à la possession de balle, au jeu à a main.

Malheureusement, la zone de chalandise professionnelle du rugby à 13 reste limitée au Nord de l’Angleterre, et à l’Australie. En France, l’âge d’or des années 50-60 n’est plus qu’un lointain souvenir. Le championnat reste limité au sud de la France avec des villes parfois de taille modeste. Mais Perpignan et Toulouse ont fait le choix de disputer le Championnat d’Angleterre et entretiennent l’espoir de jours meilleurs pour le rugby à 13 made in France.

Dans le reste du monde, des initiatives de développement commencent à fleurir au Canada, aux Etats-Unis, en Océanie ou dans les Balkans. Dans le même temps, la RLIF (alias la fédération internationale du rugby à 13) a été en enfin admise à titre d’observateur au très select GAISF, l’association des fédérations sportives internationales. De quoi peut-être aider à implanter ce sport dans des pays où l’on ne comprend pas toujours que le « Rugby League » (c’est le nom du rugby à 13 dans la langue de Shakespeare) est un sport à part entière et pas seulement une simple variante du rugby à 15.

Bref, le rugby à 13, on n’a pas fini de commencer à en entendre parler.

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