Les talks-shows de sport ou la maladie de l’instant

Depuis plusieurs mois maintenant, je suis pris d’étranges spasmes au niveau de mon pouce. A chaque fois que je zappe sur un talk-show de sport, plusieurs vives secousses mitraillent frénétiquement mon avant-bras et provoquent ainsi la violente contraction des mes phalanges. Je me retrouve alors confusément quelques dizaines de canaux plus loin.

Si je dis : « confusément », c’est qu’à certaines heures avancées de la soirée, il m’est difficile de me justifier auprès de Mme Tartan lorsqu’elle me retrouve devant un programme qui ferait rougir Rocco Siffredi lui-même tandis que je me plains de douleurs musculaires au poignet… Je devrais probablement consulter une haute autorité médicale, mais j’avoue que ce réflexe salvateur – au bas-mot – m’épargne un profond ennui.

Certes, dans ces blablatages à objet sportif, on trouve des fins connaisseurs, des gens brillants à qui l’on offrirait bien un souper gourmand dans un restaurant huppé aux prix astronomiques – quitte à prendre un crédit à la consommation sur 20 ans – juste histoire de faire frémir nos neurones au contact exaltant de leur savoir encyclopédique ou de leurs fines analyses dispensées avec générosité entre deux délicieuses gorgées de Sauterne.

Mais dans ces émissions, le mécanisme médiatique se dresse pour serrer dans ses mandibules le consultant. Il le lobotomise l’espace d’une émission, le force à vivre dans l’instant présent. On lui demande un avis tranché, des réponses binaires à des questions pourtant complexes. Parfois, on l’emmène même sur des territoires où il est moins à l’aise. Mais manifester un manque de connaissance serait un aveu de faiblesse face à son employeur et au téléspectateur avide d’une opinion. Las, notre fin connaisseur est obligé d’enfiler discrètement un costume d’homme politique et de masquer avec aplomb son incompétence sur ce domaine à grands coups de déclarations péremptoires.

Il n’y a pas de vérité mais juste des opinions. Alors les débats sont forcément sans fin et les joueurs finissent parfois par se muer en dindons dorés de cette farce médiatique.

Lundi
« Il a marqué trois buts à la Moldavie en amical, Langlois est-il le nouveau Zidane ? »

Mardi
« Langlois ferait-il un bon capitaine de l’équipe de France ? »

Mercredi
« Langlois est-il le meilleur joueur français à l’heure actuelle ? »

Jeudi
« Remplacé à la 65e minute de jeu face à l’Ouzbékistan, Langlois a-t-il encore sa place en Equipe de France ? »

Vendredi
« Langlois est-il capable de rebondir face à Ajaccio ? »

Samedi
« Inefficace face à Ajaccio, un coup d’arrêt fatal pour Langlois ? »

Dimanche
« Langlois est-il un joueur surcôté ? »

Alors, une fois le match terminé, plutôt que de perdre mon temps devant d’inutiles debriefs et demeurer du temps de cerveau disponible pour des marques de rasoir jetable, j’éteins mon téléviseur. Je préfère me plonger dans les bras de Mme Tartan pour débattre chaleureusement au sujet de nos places de titulaires indiscutables dans le dispositif technico-tactique de nos coeurs respectifs.

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