Le short-track, un sport trop bien méconnu

Avant d’expliquer ce qu’est le short-track, intéressons-nous plutôt à son grand frère : le patinage de vitesse. Cette discipline mériterait en effet un grand prix d’élégance. Malgré l’effort intense qu’ils produisent parfois sur plus de 10km, les patineurs nous offrent toujours un spectacle très épuré. Regardez donc ces grands échalas sur patins glissant sur la piste avec leur mouvement de balancier au niveau des bras si caractéristique. On croirait presque voir des grands oiseaux sans ailes tentant désespérément de s’envoler en prenant leur élan sur un lac gelé. La patinage de vitesse a aussi la chance d’une merveilleux décor : un anneau de vitesse d’une longueur des 400m – soit la taille d’un stade d’athlétisme – où la glace semble d’une pureté infinie. Comme si elle avait été bichonnée, mitonnée, soignée, dorlotée par le Dieu de l’hiver. Si le Walhalla (*) des sportifs existe, peut-être que les stades de patinage de vitesse en sont l’entrée…

Malheureusement, ces édens du sport sont bien peu trop nombreux. Le coût d’entretien de ces structures est très onéreux. D’ailleurs, la France ne possède aucun anneau de patinage de vitesse. Heureusement, il y a la « piste courte » ! Attention lecteur, la « piste courte » n’est pas une maladie vénérienne. C’est juste comme cela que les québecois appellent l’art de patiner à toute berzingue dans des patinoires de dimensions raisonnables. Avec des virages beaucoup plus serrés et des distances beaucoup plus courtes, le « short-track » est par contre un autre monde où les esthètes sur patins se sont transformés en gladiateurs.

Au short-track, le combat la première place est âpre. On a déjà connu des scènes moins violentes, même le jour de la sortie d’un iPhone. Point de couloirs sur la glace, la course se fait « en peloton » tandis que les patineurs sont souvent à la limite de la chute. La moindre faute s’avère fatale et il n’est pas rare d’entraîner avec soi un ou deux concurrents. Les abandons, disqualifications et polémiques furent longtemps légion, et le short-track a gagné une réputation pas tout à fait imméritée de loterie. Il faut dire que la victoire de l’australien Steven Bradbury sur le 1000m olympique en 2002 est particulièrement intéressante à ce sujet.

Le 16 février 2002, aux Jeux Olympiques de Salt Lake City, le natif des Nouvelles-Galles-du-Sud – alors en fin de carrière – remporte sa série du 1000m et accède aux quarts de finale. Au tour suivant, il termine 3e derrière le favori etatsunien Apolo Anton Ohno et le champion du monde en titre canadien Marc Gagnon. Mais finalement, ce dernier fut disqualifié, permettant ainsi à Bradbury d’atteindre les demi-finales. Lors de cette course, il choisit de faire une course d’attente pour se protéger des chutes, se sachant moins rapide que ses trois autre concurrents. Cette tactique s’avéra payante puisque trois adversaires sur quatre partirent au tapis et lui permirent d’attendre la finale olympique.

Bradbury adopta la même tactique en finale et devint l’homme le plus chanceux du monde lorsque les quatre adversaires qui le précédaient chutèrent dans l’ultime virage et lui offrirent sur un plateau le premier titre olympique d’un pays d’Océanie aux Jeux d’hiver. De nos jours, les incidents de course existent toujours mais semblent un peu moins nombreux. Désormais, les spécialistes des accrochages, poussettes et autres croche-patins, peuvent désormais être suspendus plusieurs mois en cas d’incidents répétés.

Dans le monde du sport, on parle de victoire à la Bradbury pour qualifier les succès inattendus. J’ai moi-même tenté cette stratégie au dernier Marathon de Paris, ayant tablé sur une chute collective de mes 41.736 autres concurrents. Malheureusement, j’ai dû me contenter d’une très belle 41.737e place en 18h 23m 18s, soit à peine 11h d’écart avec l’avant-dernière place. Comme quoi, si la chance se provoque, elle ne s’invoque pas.

Pour votre gouverne, sachez qu’il y a quatre épreuves au short-track :

  • 500m
  • 1000m
  • 1500m
  • Relais (3000m chez les femmes, 5000m chez les hommes)

Aux Championnats du Monde, il y a également un classement combiné avec les trois épreuves individuelles. Cette compétition se termine alors par une super-finale sur 3000m avec les huit premiers concurrents du classement. Sport olympique depuis 1992, le short-track est principalement dominé par la Chine, la Canada mais surtout la Corée du Sud. Le pays du matin calme a en effet jeté son dévolu sur la discipline pour y glaner la quasi-totalité de ses médailles au Jeux Olympiques d’hiver. Mais heureusement, de plus en plus de nouveau pays arrivent à mettre le patin sur les podiums internationaux.

Bref, le short-track, on n’a pas fini de commencer à en entendre parler

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