Un seul rire vous manque, et tout est dépeuplé

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Tu avais un rire long, sonore et spontané. Cela avait le don de nous faire sursauter, spécialement quand le calme régnait et que c’est une messe basse qui venait de déclencher ton hilarité. Nous, pauvres victimes de ce rire-surprise, nous nous retrouvions au final m-agacés, mi-amusés. Certains disent que le “Cri qui Tue” serait une légende. D’après mon cardiologue, tu n’étais pas loin d’en avoir trouvé la juste musique.

Tu aimais regarder des matches de football, spécialement quand les Bleus jouaient. Loin de toi les considérations tactiques, historiques ou financières. L’important, c’était le plaisir de regarder un match. Tu regardais cela d’un œil enfantin, avec enthousiasme, le cœur léger, comme on regarde Intervilles ou Jeux sans Frontières.

“Allez la France !”, voilà une phrase que tu criais souvent devant ton poste de télévision. A l’EPHAD, dans la salle TV dont tu avais négocié les clés pour regarder les matches le soir, je suis sûr que cela à dû t’échapper un jour.Je devine le regard complice du personnel venu prendre à tes côtés une petite pause de ballon rond.

“Allez la France !”, tu le lançais parfois assise dans tribune. Il était généralement suivi par l’hilarité de tes voisins et la rouspétance indigné de ton papa. Si cet élan verbal aurait pu paraître normal à Colombes ou au Parc des Princes, il était plutôt incongru de l’entendre au stade Paul Delique pour un match du SC Abbeville dans les années 1960. 

“Allez la France !”, tu l’avais laissé échappé à plusieurs reprises lorsque tu nous avais accompagné au Palais des Sports de Berck-sur-Mer pour un match de basket U18 entre la France et l’Espagne, avec deux futurs vice-champions olympiques sur le terrain (Antoine Rigaudeau et Stéphane Risacher). Ce soir-là, je n’avais pas réussi à déclencher ton rire sur un lancer franc adverse. Mais les Bleuets n’eurent pas besoin de cette méthode de filou pour l’emporter.

Tu avais pour toi l’enthousiasme, le goût d’aider les autr es, la bienveillance et plein d’autres choses. Dans ton petit village de la Somme, tu as appris à lire à des centaines d’enfants. Tu as marqué la vie de plein de gens. 

Nous t’aimons beaucoup. Tu nous manques. Mais heureusement, les souvenirs sont toujours présents.

Merci pour tout, ma tante.

Crédit photo : Florian Richter - Playground - Creative Commons Attribution-ShareAlike 2.0 Generic (CC BY-SA 2.0)