Autopsions les projets Dayan (Partie 3) - A l'assaut des agglos !

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Annoncé en grandes pompes en 2017, le projet de championnat de France des régions de rugby à 13 porté par Luc Dayan ne verra pas le jour. Ce fut exprimé récemment, dans le magazine Planète XIII, après de nombreux mois d’un silence n’augurant rien de bon. Face à ce constat d’échec, après avoir fait l’inventaire de tous les projets Dayan, tentons d’en extraire les idées que l’on pourrait appliquer pour améliorer les compétitions françaises de rugby à 13. Continuons avec cette nécessité de séduire les moyennes et grandes agglomérations

Les articles de la série :

S’il y avait une constante dans tous les projets Dayan, c’est bien la volonté d’amener plus de grandes villes à entrer dans le “game” du treize 1. Sur la saison 2019/20, l’Élite 1 rayonne sur 5 aires urbaines de plus de 100.000 habitants (Albi, Avignon, Carcassonne, Perpignan, Toulouse). Et encore deux d’entre elles concernent des équipes réserves. C’est un total nettement inférieur à toutes les autres ligues pro de sports collectifs. Pis encore, seules trois régions sur treize sont représentées, ce qui confère à ce championnat des allures de compétition inter-régionale.

Ceci est forcément un handicap pour se développer. Même avec un énorme travail de promotion et de fidélisation, la fréquentation du stade va être limitée par la population susceptible de se déplacer facilement au stade. Or les affluences au stade participent à l’image du sport, l’attractivité auprès des sponsors et l’implantation locale du club. Plus la population est grande, plus il y a d’entreprises, soit potentiellement plus d’opportunités pour le sponsoring ou les prestations 2.

Dans le premier “Super XIII”, Luc Dayan proposait d’intégrer à l’Elite 1 des clubs adossés clubs professionnels de football. Strasbourg, Valenciennes ou Lens étaient ainsi cités. Cette perspective n’avait pas enchanté les clubs d’alors. On peut le comprendre. L’incertitude du gain était forte : le rugby à 13 d’élite prendra-t-il dans ses régions en l’absence de base ? Dans le même temps, il était acquis que les charges allaient augmenter, notamment les coûts de déplacements.

Pour ne pas fragiliser l’Élite 1, il apparaît nécessaire d’établir une stratégie et de cibler les territoire en développement, en prenant en compte :

  • l’éloignement par rapport à la zone de chalandise treiziste
  • la taille des agglomérations
  • l’état des clubs de rugby à 15
  • l’état des autres sports collectifs

En Élite 2, nous trouvons ainsi trois grandes aires urbaines représentées : Lyon, Toulon et Aix-Marseille (via Salon-de-Provence). Nul doute que la présence de ces trois villes en Élite 1 serait une bonne nouvelle. Mais la concurrence de l’offre sportive dans ces villes est très forte, notamment sur le rugby à 15. D’autre part, à l’heure où j’écris ces lignes, les trois clubs concernés sont aux trois dernières places de leur championnat.

Dans les autres championnats seniors, nous trouvons trois nouvelles aires urbaines : Montpellier, Paris (via Corbeil et Châtillon) et Bordeaux (via Bègles). Mais là encore, nous tombons dans des endroits où tant l’offre sportive que le rugby à 15 sont forts. Et le chemin vers l’Élite 1 reste long.

Les opportunités se trouvent-elles ailleurs ? Peut-être, à condition de cibler les efforts. Dans les trois régions déjà dévolues à l’Élite 1, on ne trouve que trois agglomérations où le rugby à 15 n’est pas implanté (au moins jusqu’en Fédérale 1) : Alès, Limoges, Poitiers. Ainsi, la cité cévenole possède la particularité de n’avoir aucun club sportif de haut-niveau. Du côté de Limoges, il y a un club de basket mythique, mais aussi un joli stade de rugby sans occupant depuis la faillite du club de rugby local. Enfin, à Poitiers, le volley et le basket tirent la couverture à eux, mais il y a peut-être la place pour un sport collectif en plein air.

Si l’on regarde du côté des régions voisines (Auvergne-Rhône-Alpes, Centre-Val-de-Loire, Pays-de-la-Loire), on en trouve deux sans équipe professionnelle : Annecy et Annemasse. Le rugby à 15 est également peu présent dans les agglomérations des Pays de la Loire et en Centre-Val-de-Loire. Mais il y aura systématiquement de la concurrence sportive dans d’autres disciplines.

Bref, les perspectives de développement du rugby à 13 en France ne sont pas folichonnes. Dans les régions où l’on joue au rugby à 13, les agglomérations sans club quinziste bien établi sont plus que rares. S’il y a des places à prendre dans d’autres régions, développer des clubs dans ces coins-là ne se ferait pas facilement, sans volonté fédérale, ni sans appuis locaux. Et pour cela, il peut être possible de créer des ponts et de profiter de synergies inattendues. Ce sera l’objet de l’article suivant.

Crédit image : FFR 13 - Logo de marque déposée


  1. J’ai pas dit Jeu à XIII, hein ! :) ↩︎

  2. Pour peu que le marché sportif ne soit pas déjà saturé localement ↩︎